Une fois le scénario écrit, vous tombez sur un problème très concret : l’argent. Un budget de court-métrage n’est pas un mur de chiffres, c’est l’outil qui sert à convaincre ceux qui financent et, surtout, une déclaration de priorités. Là où vous mettez l’argent, ou refusez d’en mettre, on lit ce que vous tenez à protéger. La méthode tient en deux temps : lister tous les postes de dépense par familles, puis estimer chacun au plus juste. On part de ce que le film réclame, pas d’une somme qu’on répartit au feeling.
Lister les besoins du scénario
Tout budget honnête commence par le dépouillement, puis par la liste de tous les postes, rangés par familles : la production, l’image, le son, la machinerie, l’éclairage, les salaires des techniciens, ceux des acteurs et figurants, les décors, les costumes, le maquillage, les cascades, la postproduction. N’oubliez pas le défraiement et la régie, c’est-à-dire l’hébergement, la nourriture et le transport. Une scène de repas, c’est de la nourriture à racheter à chaque prise ; une scène de nuit, c’est de la lumière en plus et des horaires majorés. Tant que ce relevé n’est pas fait, tout chiffre avancé est une devinette.
Séparer coût réel et coût payé
Estimez chaque poste à sa vraie valeur, celle du marché, en demandant à chaque chef de département sa liste de matériel indispensable avec les prix, même quand l’équipe est bénévole ou le matériel prêté. Affichez à côté ce que vous payez réellement : cette double lecture montre l’ampleur du film et ce qui repose sur la bonne volonté des gens. Gardez en tête les ordres de grandeur d’un budget cinéma : le salaire des acteurs pèse souvent un tiers du total, celui de l’équipe entre vingt et trente pour cent, le matériel et les frais techniques de vingt à vingt-cinq pour cent. Un budget qui n’affiche que les sorties d’argent vous ment sur votre fragilité.
Prévoir les postes invisibles
Les postes qui font exploser un budget sont ceux qu’on ne voit pas en lisant le scénario. L’assurance, qui tourne autour de deux pour cent du budget et que tout loueur sérieux exige. Les charges sociales. Les droits artistiques, comme la cession des droits d’une musique. Les frais généraux, de l’ordre de dix pour cent. Et en bout de chaîne, la postproduction et ses coûts oubliés, dont le DCP, ce fichier de projection en salle qui se paie et sans lequel aucun festival ne vous programme. Ces lignes ne sont pas optionnelles : les omettre, c’est se condamner à les payer en catastrophe, plus cher, à la fin.
Garder une marge
Aucun tournage ne se déroule comme prévu, et un budget tendu à l’euro près est un budget déjà dépassé. Prévoyez une ligne d’imprévus, de l’ordre de dix pour cent du total, et défendez-la comme n’importe quel autre poste. Elle absorbera la journée qui déborde, la batterie qui lâche et qu’il faut racheter sur place, le repas en plus pour l’équipe restée tard. Cette marge n’est pas de la timidité, c’est ce qui vous évite d’arrêter le film à trois jours de la fin parce qu’une dépense banale n’avait pas de case.
Relier budget et ambition
Le budget est le moment de vérité où l’ambition rencontre les moyens, et il sert aussi à aller chercher de l’argent : subventions, aides du CNC comme l’avance sur recettes, Sofica, investisseurs privés. Si le total dépasse trop ce que vous pouvez réunir, ne sabrez pas au hasard : revenez au scénario et arbitrez. Cette scène de foule est-elle vitale, ou pouvez-vous la raconter par un regard et une rumeur hors champ ? Mettez l’argent là où il sert vraiment le film, et réécrivez pour faire entrer le projet dans son enveloppe plutôt que de livrer une version pauvre de chaque scène.
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