Son

Réussir son son direct sur un tournage

Micros, niveaux, placement, bruits, dialogues et backup : les bases pour ramener un son exploitable au montage.

On croit souvent que le son se rattrape au montage. C’est faux : un son direct raté ne se répare pas, il se masque, mal. Tout se joue avant d’appuyer sur REC. Un dialogue propre, c’est un lieu repéré pour son acoustique, un micro choisi pour la situation, placé au plus près, et des niveaux surveillés au casque pendant la prise. Le matériel le plus cher ne compense jamais un mauvais placement ni une pièce qui résonne. Sur un plateau, l’équipe son anticipe les problèmes que personne d’autre n’entend encore, et c’est ce travail invisible qui rend une scène crédible.

Penser le son avant le jour J

Le repérage d’un décor ne se fait pas qu’avec les yeux : fermez-les et écoutez. Une pièce vide et carrelée renvoie un écho qui rendra les voix impossibles à mixer. Repérez les nuisances, un frigo qui ronronne, une climatisation, une route passante, des néons qui bourdonnent. Beaucoup se coupent le temps de la prise, à condition d’y penser avant. Notez ces sources sur votre repérage et prévoyez des solutions, couvertures pour casser l’écho, créneaux entre deux passages de bus. Le problème anticipé coûte une minute ; découvert au tournage, il coûte la scène.

Choisir le bon micro

À chaque situation son micro. La perche équipée d’un micro canon, tendue au-dessus des comédiens hors-champ, reste la référence : elle capte une voix naturelle et rejette les côtés grâce à sa directivité serrée. Le micro-cravate, discret sous un vêtement, sauve les plans larges où la perche ne peut entrer, mais capte les frottements de tissu. Le micro HF transmet sans fil ces cravates ou une perche déportée. En extérieur venté, montez le canon dans une bonnette. Choisissez selon le cadre et l’acoustique, pas selon ce qui s’installe le plus vite.

Placer plutôt que corriger

La règle d’or : rapprochez le micro au maximum, juste horschamp. Un micro à trente centimètres de la bouche capte une voix pleine et présente ; le même micro à deux mètres ramène toute la réverbération de la pièce et le bruit de fond, et cette distance ne s’égalise pas après coup. Le perchiste fait descendre le canon au plus près du cadre sans jamais y entrer, en suivant les répliques. En cravate, soignez le placement sur le buste, à l’abri des frottements. Un bon placement règle à la source ce qu’aucun plugin ne réparera ensuite.

Régler les niveaux

Réglez vos niveaux pour garder de la marge avant la saturation : visez des pointes autour de moins douze décibels sur votre enregistreur, jamais collées au zéro, car une réplique criée qui sature est définitivement perdue, alors qu’un niveau un peu bas se remonte proprement. Surveillez en permanence au casque fermé, pas seulement à l’œil sur les vumètres : c’est là que vous entendrez un frottement de cravate, un avion lointain, une coupure. Et enregistrez systématiquement trente secondes de silence du lieu, le room tone, à chaque décor : le monteur en aura besoin pour combler les trous.

Organiser les fichiers

Un son parfait perdu dans un dossier illisible est un son inutile. Nommez vos fichiers dès le tournage selon une logique claire, date, scène, prise, et tenez un rapport son qui signale les bonnes prises et les problèmes pour guider le monteur. À chaque fin de journée, sauvegardez sur au moins deux supports distincts : la carte ne quitte jamais l’enregistreur sans une copie ailleurs. Cette rigueur paraît fastidieuse sur le plateau, mais elle vous évite l’angoisse, des semaines plus tard, devant des rushes anonymes impossibles à raccorder.

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Elliot Huescar est réalisateur et fondateur de L’INDUSTRIE. Il a formé plusieurs milliers de cinéastes à l’écriture, la réalisation, la production, l’image, le son, la postproduction et la distribution.