Pour écrire un scénario de court métrage, partez d’une situation qui peut évoluer à l’écran, choisissez ce que le spectateur doit en comprendre et construisez les scènes nécessaires à cette transformation. Écrivez une première version complète, puis réécrivez-la en vérifiant les actions, la progression et les moyens de tournage.
Un court métrage peut raconter un conflit, observer une présence, explorer une forme ou suivre une logique non linéaire. Un lieu et deux personnages constituent une contrainte utile pour un exercice ; ils ne définissent pas le format. Votre travail consiste à donner une nécessité aux choix du film, sans appliquer une recette à tous les récits.
Faire la différence entre thème, situation et histoire

« La solitude » est un thème. « Une gardienne reçoit un colis destiné à un locataire disparu » est une situation. L’histoire apparaît quand cette situation entraîne des actions et modifie quelque chose : la gardienne veut remettre le colis, découvre un obstacle et doit décider quoi en faire.
Vous pouvez commencer par une image, un lieu ou une question. Notez ce qui vous attire précisément, puis cherchez une matière de scène. Que pourrait-on voir ou entendre ? Quel geste ferait apparaître le problème ? Si vos notes restent composées d’explications psychologiques, testez une action qui permettrait de les rendre perceptibles.
Écrivez ensuite une phrase de travail : une personne, une situation, un mouvement possible. Elle sert à orienter vos essais, pas à réduire définitivement le film à une formule commerciale.
Donner aux personnages une action et une résistance

Dans un récit fondé sur le conflit, un désir concret aide à construire les scènes : récupérer un objet, obtenir une signature, retenir une personne. L’obstacle peut venir d’un autre personnage, d’une contrainte matérielle ou d’une contradiction du protagoniste.
Évitez de confondre objectif et émotion. « Se sentir reconnu » peut nourrir le personnage, mais « convaincre son frère de venir à la projection » donne une action à jouer. Plusieurs désirs peuvent coexister ; pour écrire une scène, identifiez celui qui guide le comportement à ce moment précis.
La résistance ne doit pas forcément grossir en spectacle. Une personne qui ne répond pas à la question peut suffire à faire changer la tactique de l’autre. Repérez ce qu’elle tente d’abord, ce qui échoue et ce qu’elle essaie ensuite. Vous obtenez une progression observable plutôt qu’un dialogue qui répète une intention.
Choisir l’étendue du film selon votre projet

Avant d’ajouter une scène, demandez-vous ce qu’elle apporte que les autres ne permettent pas. Un déplacement peut changer le rapport entre les personnages ; il peut aussi n’être qu’une transition que l’ellipse rendrait plus précise.
Si vous préparez votre premier tournage, inventoriez les moyens réellement disponibles : lieux autorisés, personnes, temps et matériel. Une scène avec un enfant, un véhicule en mouvement ou une action risquée implique des contraintes qui dépassent le nombre de pages. Repérez-les avant de vous attacher à une version impossible à produire dans votre cadre.
La faisabilité n’interdit pas l’ambition. Elle vous invite à choisir où concentrer vos moyens. Une histoire située dans un seul lieu peut être très exigeante en jeu, en lumière ou en continuité. Un film à plusieurs décors peut rester simple si ses scènes et sa logistique le permettent.
Écrire des scènes qui déplacent la situation

Pour chaque scène, notez l’état d’entrée et l’état de sortie. Qu’a appris une personne ? Quel choix est devenu possible ou impossible ? Quelle relation avons-nous perçue autrement ? Une scène ne doit pas obligatoirement produire un retournement spectaculaire pour modifier la lecture du film.
Écrivez des actions filmables. « Elle a toujours eu peur d’être abandonnée » renseigne l’auteur, mais ne décrit pas une prise. « Elle remet son manteau sur la chaise lorsqu’il annonce son départ » propose un geste dont le sens dépendra de la situation. Il ne s’agit pas d’interdire toute indication intérieure ; il faut donner au tournage de quoi la travailler.
Dans les dialogues, cherchez ce que les personnages essaient de faire l’un à l’autre. S’ils racontent un passé qu’ils connaissent tous les deux uniquement pour informer le public, testez une autre façon de transmettre l’information. Vous pouvez aussi différer sa compréhension : toute ambiguïté n’est pas un défaut.
Exemple fictif : faire évoluer une scène

Situation : une gardienne trouve une clé dans le manteau qu’un locataire lui a laissé. Elle veut la lui rendre avant son départ. Au début de la scène, elle pense avoir une tâche simple ; à la fin, elle décide de garder la clé parce qu’il refuse de reconnaître qu’elle lui appartient.
Une première version pourrait tout expliquer : « Vous avez laissé votre clé, pourquoi mentez-vous ? » Une autre construit des tentatives. Elle pose la clé près de sa tasse. Il la déplace sans la regarder. Elle nomme l’appartement. Il demande son manteau. Elle retire la clé de la table avant de le lui rendre.
Ce deuxième essai ne vaut pas automatiquement mieux. Il ouvre plusieurs hypothèses et demande un jeu précis. Vous devez vérifier si le spectateur comprend le refus, s’il attribue le geste final à une décision et si le film gagne à conserver cette incertitude. L’écriture doit préparer une expérience de scène, pas seulement dissimuler les explications.
Pour prolonger l’exercice, écrivez une version dans laquelle la gardienne rend finalement la clé. Quelles actions doivent changer pour que cette fin paraisse choisie plutôt qu’arbitraire ? Vous travaillerez la causalité sans ajouter de discours explicatif.
Trouver une fin qui répond au film

Une fin peut résoudre une action, déplacer une question ou laisser une tension ouverte. Elle ne doit pas forcément contenir une chute. Un retournement ajouté uniquement pour surprendre peut diminuer la cohérence de ce qui précède.
Relisez la dernière scène à partir du début. La situation a-t-elle changé ? L’incertitude finale est-elle voulue ? Avez-vous posé les informations nécessaires pour que le geste soit lisible ? Une fin ouverte n’exonère pas de choisir ce que vous laissez ouvert.
Testez deux fins sur le papier avant de décider. Pour chacune, notez l’effet recherché et les préparations nécessaires. Vous pourrez alors comparer les versions sur le projet du film, sans vous limiter à celle qui paraît la plus « forte » isolément.
Réécrire avec des questions précises

Faites une passe par problème. Commencez par la structure et la fonction des scènes, puis travaillez les actions, les dialogues et la présentation. Corriger la ponctuation d’une scène qui disparaîtra peut retarder les décisions importantes.
Une lecture à voix haute aide à entendre les répétitions et les transitions. Une lecture avec des interprètes peut révéler des possibilités de jeu ; elle ne prédit pas exactement le rythme du film. La durée ne se déduit pas mécaniquement du nombre de pages : un geste, un silence et un montage peuvent prendre des temps très différents.
Demandez des retours qui décrivent l’expérience : à quel moment avez-vous compris l’objectif ? Où avez-vous perdu le fil ? Quelle fin attendiez-vous ? Comparez les réponses, puis décidez ce qui concerne votre intention. Une suggestion de lecteur n’est pas une obligation de réécriture.
Passer du scénario à la préparation

Avant d’engager le tournage, vous devriez disposer d’une version identifiée, d’une intention claire et d’un premier relevé des besoins. Gardez une trace des modifications importantes pour que l’équipe travaille sur le même texte.
La formation ÉCRIRE UN SCÉNARIO approfondit ce travail, et RÉUSSIR SON COURT MÉTRAGE permet de le confronter au format court. Pour la suite, consultez les documents de préproduction et le guide de préparation du tournage.
