Aller au contenu

Coulisses

Dune : donner une même lumière aux décors, aux paysages et aux extensions

Patrice Vermette décrit une conception où les volumes construits préparent déjà la photographie et les effets visuels.

Une partie haute rouge prolonge une construction grise; un trajet lumineux aboutit à une ombre au sol.
Volume et trajet lumineux fictifs : un prolongement provisoire contribue à l’ombre réelle avant l’image finale. Aucune proportion du tournage ni architecture d’Arrakis n’est représentée. Agrandir le schéma ↗

Le lieu doit continuer au-delà de ce qui a été construit

Dans Dune de Denis Villeneuve, une salle peut sembler se prolonger vers une hauteur immense, tandis que des corps filmés lui donnent une mesure immédiate. L’effet dépend de la compatibilité entre ce que les interprètes touchent, la lumière qu’ils reçoivent et les parties d’espace qui seront complétées.

La question de fabrication n’oppose donc pas deux camps, celui du réel et celui du numérique. Elle concerne une frontière : jusqu’où construire, que donner au plateau pour que les raccords fonctionnent et quelles informations les équipes d’effets doivent-elles recevoir ? Une extension convaincante commence souvent avant le tournage.

Une conception commune avant la dispersion du travail

Dans son entretien avec Wix Studio, Patrice Vermette raconte une phase de recherches, de dessins et de conception avec Villeneuve, puis la constitution d’un ensemble d’images partagé avec les équipes. Ce dossier donnait une orientation commune aux mondes, aux volumes et aux matières. La cohérence ne dépendait pas d’un échange final entre des éléments déjà achevés.

Un tel travail ne transforme pas les images préparatoires en promesse d’une réalisation sans changements. Il permet plutôt de discuter avec un objet commun. Lorsque la lumière, les costumes ou les effets interviennent, chacun peut comprendre la relation recherchée entre une silhouette et son environnement, au lieu de corriger séparément son propre fragment.

Construire une présence utile à la lumière

Dans son entretien avec Pushing Pixels, Vermette décrit des prolongements de volumes réalisés avec des structures habillées de tissu peint. Leur fonction dépassait le repère visuel pour les interprètes : ils contribuaient à orienter réellement la lumière et les ombres, en collaboration avec Greig Fraser et Paul Lambert.

Le témoignage porte sur les deux premiers films, avec des exemples propres à chacun. Il faut conserver cette distinction et ne pas attribuer automatiquement tous les décors mentionnés au film de 2021. Le principe transversal est néanmoins clair : une partie provisoire ou simplifiée du monde peut produire au plateau des conséquences qui faciliteront sa version finale.

Cette idée est plus précise que la formule selon laquelle tout aurait été construit. Une surface destinée à être remplacée peut déjà fournir une bonne réflexion lumineuse. Le visible final et l’utile pendant la prise ne se recouvrent pas entièrement. La fabrication pense les deux.

Deux déserts doivent devenir un seul monde

Vermette raconte également la recherche de paysages et la complémentarité de sites jordaniens et de dunes d’Abu Dhabi. Les formes rocheuses et les étendues de sable ne sont pas choisies comme des cartes postales indépendantes. Elles doivent pouvoir appartenir à Arrakis dans la continuité du récit.

Le raccord dépend de qualités concrètes : formes, couleur du sable, horizon et direction de lumière. Une ressemblance générale entre deux déserts ne suffit pas. Le spectateur n’a pas besoin de connaître les pays de tournage pour sentir une incompatibilité de matière ou d’échelle. La préparation consiste à anticiper ces relations.

Le paysage reste aussi un espace d’action. Une pente qui paraît magnifique peut être inadaptée à un trajet ou à un cadre donné. Le lieu retenu doit produire une relation entre le corps, le relief et ce qui demeure hors champ, pas uniquement une image autonome spectaculaire.

Une surface simplifiée peut ainsi être un meilleur partenaire de tournage qu’un fond spectaculaire mais mal orienté. Le critère n’est pas son apparence isolée dans les photographies de plateau : c’est la justesse des relations qu’elle produit dans la prise.

Préparer une frontière visible et une frontière de travail

Pour un essai original, dessinez une pièce fictive dont seul le bas sera construit. Indiquez ce que l’interprète touche, ce qui renvoie de la lumière et ce qui ne sert que de repère. Tracez ensuite la partie à prolonger dans l’image finale.

La séparation ne devrait pas suivre automatiquement une ligne horizontale pratique. Un objet au premier plan peut cacher un raccord ; une ouverture peut demander un traitement plus précis qu’un mur uniforme. L’exercice permet de discuter tôt les conséquences pour chaque métier.

Dune offre ainsi un cas de cohérence entre supports. Le décor ne s’arrête pas à sa limite matérielle et les effets ne commencent pas après la fin de toute réflexion physique. Le monde tient parce que ces contributions partagent une même logique de volumes, de lumière et d’usage.

Repères et sources

Les références documentent les faits et les contextes. Les lectures proposées dans cet article relèvent de l’analyse éditoriale.

Continuer la lecture